
Le test de Tinetti reste l’outil de référence pour coter l’équilibre statique et dynamique en gériatrie. Sa cotation, pourtant, varie d’une version à l’autre, ce qui pose un problème concret de fiabilité inter-évaluateurs en EHPAD. Nous détaillons ici les points techniques à maîtriser pour exploiter correctement une version PDF simplifiée et l’intégrer dans une démarche de prévention des chutes structurée.
Cotation du Tinetti : deux versions qui ne disent pas la même chose
La confusion la plus fréquente concerne le score maximal. La version dite POMA (Performance Oriented Mobility Assessment) originale de Tinetti distingue un score d’équilibre sur 16 et un score de marche sur 12, soit un total sur 28. D’autres grilles, notamment celles diffusées sur des sites francophones de gériatrie, proposent un équilibre sur 26 et une marche sur 9, pour un total sur 35.
Ce n’est pas un détail. Dans la version sur 28, un score inférieur à 19 signale un risque élevé de chute. Dans la version sur 35, la logique s’inverse : plus le score est élevé, plus le risque augmente. Utiliser un seuil décisionnel issu de la mauvaise version fausse l’interprétation clinique et peut conduire à sous-estimer ou surestimer le risque pour un résident.
Nous recommandons de vérifier systématiquement, sur le PDF utilisé en interne, le nombre d’items par section, le score maximal et le sens de cotation (0 = normal ou 0 = anormal). Un document qui circule depuis plusieurs années dans un service peut être une version hybride, recopiée à partir de sources hétérogènes. L’utilisation d’le test de Tinetti en pdf simplifié permet de lever cette ambiguïté en proposant une grille harmonisée, directement exploitable par les équipes soignantes.

Effet plafond du Tinetti : pourquoi un score normal ne suffit pas
Un résident qui obtient le score maximal au Tinetti n’est pas forcément à l’abri d’une chute. C’est ce qu’on appelle l’effet plafond : la grille ne discrimine plus les profils dès que le niveau fonctionnel est modérément préservé. Les résidents récemment admis ou ceux présentant un déclin cognitif léger sans trouble moteur manifeste saturent rapidement l’échelle.
Les recommandations cliniques récentes insistent sur l’association du Tinetti à d’autres épreuves complémentaires pour compenser cette limite. Trois tests ressortent systématiquement :
- Le Timed Up and Go (TUG), qui mesure le temps nécessaire pour se lever, marcher trois mètres, faire demi-tour et se rasseoir. Il capte la composante vitesse et les transitions posturales que le Tinetti cote de façon binaire.
- Le test d’appui unipodal, qui évalue l’équilibre statique en condition de réduction de la base de sustentation. Il détecte des instabilités que la station bipodale du Tinetti ne révèle pas.
- Le Short Physical Performance Battery (SPPB), une batterie composite intégrant vitesse de marche, lever de chaise répété et équilibre en tandem. Sa sensibilité au changement est supérieure à celle du Tinetti pour suivre l’évolution fonctionnelle dans le temps.
Combiner le Tinetti avec au moins un de ces tests réduit le risque de faux négatifs et offre un profil fonctionnel plus complet lors des transmissions médicales.
Tinetti et évaluation multifactorielle des chutes en EHPAD
Le Tinetti ne couvre que deux dimensions du risque de chute : l’équilibre et la marche. Les lignes directrices internationales publiées ces dernières années repositionnent clairement cet outil dans un cadre multifactoriel plus large. Un score de Tinetti isolé ne capture pas les dimensions pharmacologiques, psychologiques et environnementales du risque.
En pratique, une évaluation structurée du risque de chute en EHPAD devrait articuler le Tinetti avec :
- Une revue des traitements médicamenteux, en ciblant les psychotropes, les antihypertenseurs et les polymédications à plus de quatre classes thérapeutiques.
- Un dépistage de la peur de tomber, souvent sous-évaluée, qui entraîne une restriction d’activité accélérant le déconditionnement.
- Un audit environnemental du lieu de vie (éclairage, sol, mobilier, chaussage), qui relève davantage de l’ergothérapie mais conditionne directement la pertinence des scores moteurs.
- Une évaluation cognitive minimale, car les troubles attentionnels modifient la fiabilité de la passation elle-même.
Cette approche correspond aux exigences de la HAS en matière de sécurité du patient et de prévention des événements indésirables graves en établissement.

Conditions de passation et fiabilité inter-évaluateurs
La simplification du PDF ne dispense pas de standardiser les conditions de passation. Le Tinetti se réalise sans chaussures orthopédiques sauf port habituel, sur une surface plane, dans un couloir d’au moins six mètres. La chaise utilisée pour la section équilibre doit être rigide, sans accoudoirs. Ces paramètres, souvent négligés, influencent directement la reproductibilité du score.
La variabilité inter-évaluateurs constitue le point faible principal du Tinetti en contexte EHPAD. Un aide-soignant formé en interne et un kinésithérapeute libéral ne coteront pas de la même façon l’item « stabilité en position debout pieds joints » ou « symétrie des pas ». Nous observons que les établissements qui obtiennent la meilleure concordance entre évaluateurs sont ceux qui organisent au moins une session annuelle de calibration, où plusieurs professionnels cotent simultanément le même résident puis comparent leurs résultats.
Fréquence de réévaluation
Un Tinetti réalisé une seule fois à l’admission perd sa valeur prédictive en quelques mois. La réévaluation trimestrielle, ou après tout événement intercurrent (chute, hospitalisation, modification de traitement), permet de suivre la trajectoire fonctionnelle et d’ajuster le plan de soins. Le PDF simplifié facilite cette régularité en réduisant le temps de passation et de transcription.
L’enjeu pour les équipes en EHPAD n’est pas tant de choisir entre le Tinetti et un autre test que de l’utiliser correctement, dans un cadre protocolisé, avec des conditions de passation stables et une interprétation qui dépasse le score brut. Un bon outil mal utilisé produit de mauvaises décisions cliniques, et la simplification du support ne remplace jamais la rigueur de la méthode.